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Message  Lucie le Lun 21 Jan - 22:45

La formation linguistique des étrangers mérite davantage qu’une « opération coup de poing» !


L’annonce faite par Monsieur Jacques Gerault, préfet du rhône, de la mise en place d’une expérience pilote appelée Plan départemental d’apprentissage du français (PDAF) crée le trouble dans les esprits et suscite des interrogations légitimes.

Constatant les carences quantitatives du système actuel, -le nombre de personnes dans le Rhône ayant besoin de cet apprentissage est estimé à 6 000 par an dont 4 000 primo arrivants et 2 000 anciennement installées-, M. le Préfet a décidé de faire appel à des formateurs volontaires en espérant atteindre un résultat à la hauteur de ses espérances : réduire la période de formation de 24 à 9 mois et former, de janvier à juin 2008, au DILF, pas moins de 500 personnes étrangères en situation régulière et résidant dans le département du Rhône.

L’objectif « n’est pas seulement de former les gens, ma volonté est aussi de créer des contacts humains entre des responsables, fonctionnaires de haut niveau et des personnes en grande difficulté sociale ». A l’objectif quantitatif, M. le Préfet y ajoute donc une mission humanitaire qui légitimerait l’appel aux citoyens. Une campagne de communication, avec numéro vert et large affichage, sera lancée le 1er novembre pour faire connaître le dispositif.

Un premier contingent de 137 volontaires dont 47 agents de préfecture, 63 agents retraités de l’Education nationale, 15 bénévoles de la Croix-Rouge et 13 agents issus des collectivités territoriales et du milieu associatif a été mobilisé à cet effet. Il recevra, à partir du 25 octobre 2007, une formation d’une durée de 38 heures, à la suite de laquelle une sélection sera opérée pour former «une réserve citoyenne» qui commencera à dispenser la formation au public à partir du 1er janvier 2008. Chaque formateur-volontaire percevra 25 € bruts par heure dans la limite de 16 heures par mois (soit 400€ par mois, « somme symbolique » selon M. Le Préfet). Les associations qui puiseront dans cette « réserve » recevront une somme forfaitaire par stagiaire censée couvrir les coûts de structure et de défraiements de leurs bénévoles. C’est ainsi que 2 millions d’€ dont 750 000 € au titre de rémunération des formateurs volontaires et 150 000 € au titre de leur formation, seront mobilisés dans ce but en 2008.

Le DILF n’est pas exclusivement destiné aux primo-arrivants et toute personne en France qui a un niveau minimal peut se présenter au DILF. Il sanctionne une formation linguistique dispensée dans le cadre du CAI, Contrat d’Accueil et d’Intégration rendu obligatoire aux termes de la loi du 24 juillet 2006. Ce dispositif relève de l’Etat via l’ANAEM ( Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrations) , et comporte un volet formation qui a fait l’objet d’une sélection d’organismes de formation selon la procédure des marchés publics. Le nombre de stagiaires est fixé par commandes publiques notifiées aux prestataires à la suite d’une évaluation du niveau des stagiaires par des centres de bilan et d’évaluation choisis selon cette même procédure du code des marchés publics. Or, ce nombre est aléatoire ce qui crée des difficultés innombrables aux organismes prestataires et explique in fine le faible nombre de passages au DILF.

Diplôme reconnu par l’Education nationale, le DILF sanctionne un niveau élémentaire en français insuffisant pour accéder à des formations professionnelles, voire à l’emploi. Il est proposé aux nouveaux arrivants en France, peu ou pas scolarisés dans leurs pays, souvent non lecteurs et non scripteurs. La formation de ces publics est une affaire très sérieuse dont la réussite exige, loin de tout amateurisme et de tout paternalisme, une passion et une connaissance solides du public, une expérience, des qualifications et des compétences d’enseignants souvent attestées par une formation universitaire longue (bac + 4 voire plus) en français langue étrangères /français langue seconde/ Alpha (FLE/FLS/Alpha). C’est ce que témoigne la longue expérience des organismes de formations, de l’enseignement en FLE/FLS/Alpha à l’université ainsi que l’histoire de la formation des étrangers et des immigrés dans notre pays. Passer outre cette exigence morale et pédagogique au nom de « la culture de résultat » reviendrait à prendre le risque d’instrumentaliser politiquement un diplôme et un référentiel censés constituer un premier palier pour permettre aux personnes d’acquérir une aisance suffisante leur permettant de prendre part à la vie sociale, économique et culturelle, d’accéder à la citoyenneté et de s’émanciper sans pour autant renoncer à sa culture et à sa propre langue.

L’enjeu de la formation linguistique et de l’intégration doit s’éloigner de la logique des «opérations coups de poings » qu’on voit se multiplier à l’encontre des immigrés, des Roms et des prostitués avec des effets médiatiques spectaculaires. Il doit mobiliser les moyens adéquats, qui sont aujourd’hui très loin du compte, pour permettre aux acteurs qualifiés, pouvoirs publics, associations, organismes, universités, formateurs, de remplir leur mission en exerçant correctement leurs métiers.

Une prestation de qualité réalisée par des professionnels qualifiés est une garantie d’une intégration et d’une insertion, réussies et un gage pour l’image de la France, terre d’accueil. Ce en synergie avec l’action volontaire et bénévole fondée sur le libre choix, la conviction et le désintérêt au service d’une cause noble, celle de l’intégration citoyenne et égalitaire des étrangers dans notre pays.


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Lucie Jandot

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