ECONOMIE SOCIALE – EDUCATION POPULAIRE

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ECONOMIE SOCIALE – EDUCATION POPULAIRE

Message  cricri le Jeu 13 Mar - 22:27

Les petites associations à but non lucratif qui travaillent sur fonds publics sont-elles plus ‘conviviales‘ ?

Par expérience, on sait que dans ce secteur les conditions de travail -salaires, horaires, management sont les plus dures. Ces micro-structures sont fragiles et éprouvent des difficultés financières ou psychologiques à appliquer les règles du code du travail.

Ce secteur se soustrait généralement aux contraintes du droit du travail, multiplie les exceptions et les dispositifs temporaires, la précarité et l’acceptation des normes les plus basses : vacations occasionnelles, horaires non respectés, etc, malgré une législation stricte.
Les CDD renouvelés sont prédominants dans les embauches car il s’agit d’un secteur où le CDD est d’usage ; les salariés ne choisissent pas cette situation professionnelle ; ces contrats, souvent synonymes d’insécurité, sont subis.

La probabilité de se retrouver au chômage est 5 fois plus élevée pour les salariés en CDD que pour les salariés en CDI. Plus du 1/3 de ces salariés n’obtiennent pas de CDI, ce qui conforte une segmentation du marché du travail entre salariés en emploi stable et salariés installés durablement dans des situations précaires.

Les patrons employeurs y sont habitués à ruser et utilisant un discours pétri de valeurs pour justifier leurs comportements antisociaux. Ne les jugeons pas pour ce qu’ils affirment et revendiquent sur leurs sites mais par les pratiques qu’ils appliquent dans leurs établissements. « je ne peux pas augmenter les salaires car il faudrait augmenter les cotisations des membres usagers et ce ne serait plus de l’éducation populaire », « la municipalité ne peut pas donner plus de subvention, donc accepte ces conditions ou la structure va disparaître », « si tu es trop gourmand, on coule ».
Leur idéologie est dérivée vers une fonction utilitariste : obtenir la meilleure rentabilité des salariés, même s’il s’agit d’un acte de formation, d’accompagnement social, éducatif, pédagogique. Les notions de productivité et de marché sont omniprésentes au quotidien puisque les employeurs sont devenus des prestataires de services répondant aux appels d’offre publics, parapublics ou non gouvernementaux.

Les salariés ? Ils sont occasionnels, intermittents, coordonnateurs, conseillers, accompagnateurs, enseigna,ts, formateurs. Tous sont profondément investis et présents mais peinent à constituer une catégorie professionnelle structurée. Ce sont des acteurs tout aussi talentueux que fragiles dans leur métier, mal armés pour affronter la complexité des réalités professionnelles et sociales auxquelles ils sont confrontés. L’image du métier de formateur associatif a un vrai déficit d’attractivité : des conditions de travail difficiles, une charge psychologique importante liée à la permanente disponibilité relationnelle envers les stagiaires , le temps de travail fragmenté avec zéro défraiement des trajets, le manque de reconnaissance professionnelle (zéro prise en compte de la qualification ni de l’ancienneté).
Il y a un réel besoin de mettre en place un suivi statistique de ce secteur sur le turn-over, le temps de travail, les risques professionnels et les conditions d’exercice des métiers .

3 livres se font largement l’écho de la situation.

* Le livre du docteur Marie France HIrigoyen ‘Malaise dans le travail, harcèlement moral: démêler le vrai du faux’ qui étudie spécifiquement le phénomène social de cette souffrance psychique individuelle mais issue du monde collectif du travail.
* "Les intellos précaires", publié en 2001 par Anne et Marine Rambach, deux éditrices et écrivains indépendantes.

* Le 3ème livre mérite d’être lu attentivement par les salariés des associations, les syndicalistes, militants de l’économie sociale et de l’éducation populaire, les dirigeants de grandes fédérations. Il traite du monde associatif ; les auteurs sont membres du syndicat USPAOC-CGT.
* ‘Le Livre Noir de l’Animation Socioculturelle’ * dir. Marion Peyre, Coll ‘Questions contemporaines’, L’Harmattan.
Ce livre analyse des entreprises socio-éducatives associatives qui se réclament d’une démarche de transformation sociale et affichent des valeurs qu’elles bafouent. Des dirigeants associatifs patrons, militants de leurs propres syndicats balayent les droits de salariés. On imagine ces pratiques condamnables plutôt réservées aux patrons de l’industrie ou du commerce. De nombreux témoignages montrent le harcèlement moral, la répression anti-syndicale, l’utilisation importante de personnels précaires et, entre autre, le non respect du Code du Travail.
Le collectif auteur de ce livre analyse les raisons qui conduisent à de telles dérives. En voici une, parmi d’autres : « Qu’il s’agisse de fédérations ou de mouvements éducatifs devenus des machines à vendre des stages, des chantiers, des centres de loisirs, des activités de loisirs, ou qui se positionnent concurrentiellement sur toutes les délégations de services publics possibles dans les villes. La liste est longue. Peu de fédérations peuvent se vanter d’avoir su garder la flamme militante, d’avoir résisté à l’institutionnalisation dans l’appareil d’Etat et à son cortège de pratiques commerciales, déguisées sous les bons sentiments des valeurs. »
Il ne s’agit pas pour les auteurs d’intenter un procès aux mouvements d’éducation populaire mais au contraire, de la défendre contre la politique de ce gouvernement qui veut l’asphyxier mais aussi contre des formes de management inacceptables.
Tous pourris ? Heureusement, non ! Mais de nombreuses associations d’éducation populaire doivent réfléchir aux contradictions qui les minent.

cricri

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Date d'inscription : 22/01/2008

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